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Honoré de Balzac / 1840-1841 La retraite de Passy et la signature du contrat pour la publication de La Comédie humaine
 

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Harcelé aux Jardies par les créanciers et les huissiers, Balzac décida de se cacher dansun nouvel appartement, rue Basse, à Passy, loué au nom de sa gouvernante, Louise Breugniot, ennoblie en «Mme de Brugnol». Il dut bientôt y accueillir sa mère, sans ressources, à laquelle il devait toujours beaucoup d’argent depuis la faillite de l’imprimerie.
Il acheva là promptement Le Curé de village et Une ténébreuse affaire, une histoire policière librement inspirée de l’enlèvement, en 1800, du sénateur Clément de Ris (un ami de son père), et destinée à «peindre la police politique aux prises avec la vie privée et son horrible action».
Les ennuis judiciaires empoisonnèrent les premiers mois de l’année 1841, mais Balzacn’en continua pas moins ses «travaux d’Hercule littéraire». Il écrivit notamment Les Deux Frères (le début de la future Rabouilleuse), où, ranimé sans doute par la présence de Mme Balzac, ressurgissait le thème du mauvais fils préféré par sa mère au bon fils méconnu. Il trouva aussi le temps d’animer à la Société des gens de lettres une commission chargée de la défense de la propriété littéraire, question à laquelle il était très attaché et qui était alors débattue (en vain) à l’Assemblée.
Il parvint ainsi à se libérer du contrat Delloye et Lecou, et se trouva libre de signer avecde nouveaux éditeurs - Hetzel, Paulin, Dubochet (libraire vaudois) et Sanches (homme d’affaires) - le contrat pour la publication de ses œuvres complètes qu’il souhaitait depuisdes mois. Une avance de quinze mille francs (trois cent trente mille de nos francs) lui fut immédiatement versée, et la même somme lui était promise lorsque les deux tiers du premier tirage auraient été vendus. Mais c’était une goutte d’eau par rapport à l’étendue de ses dettes.
Le titre de La Comédie humaine n’était pas encore mentionné. Il ne serait porté que surla deuxième (et définitive) mouture du contrat, signée en octobre, après de longues discussions, avec Hetzel, Paulin, Dubochet et un nouvel associé, Charles Furne, qui avait déjà édité Lamartine et Chateaubriand, et qui reprendra finalement toute l’affaire à son compte.
Balzac estimait maintenant qu’il lui faudrait sept ans pour achever son œuvre, sept ansde «la vie la plus terrible, la plus active, la plus occupée qu’il y ait au monde, car je remueun monde, et vous ne savez pas ce que c’est qu’un Prométhée debout, agissant, dont le vautour ne se voit pas et est enfermé dans le cœur même», écrivit-il à Mme Hanska. Mais il arriverait, «à l’agonie peut-être», mais il arriverait.
Entre-temps, les Jardies avaient été rachetées par un prête-nom de Balzac. Ursule Mirouët et les Mémoires de deux jeunes mariées étaient achevés, et Balzac avait conçu une nouvelle pièce de théâtre, Les Ressources de Quinola, que le théâtre de l’Odéon accepta de monter à la fin du mois de décembre.
L’écrivain allait désormais devoir mener de front la réédition générale de ses œuvres, la correction des monceaux d’épreuves qu’elle générerait, et la rédaction de ses nouveaux ouvrages.