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Honoré de Balzac / juillet 1836-janvier 1837 Illusions perdues et l’achèvement des Études de mœurs
 

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«Mort à moitié», Balzac était de nouveau parti se reposer à Saché. Mais, à peine arrivé, il avait écrit en quelques jours les quarante premiers feuillets d’une nouvelle œuvre: Illusions perdues. Ce brusque «torrent de travail» lui avait d’ailleurs valu un «coup de sang» qui l’avait terrassé dans le parc des Margonne - mais c’était «fort bien torché», écrivit-il à son ami Émile Regnault. De toute façon, il ne fallait pas traîner, car Mme Béchet l’avait sommé par voie d’huissier de fournir la dernière livraison des Études de mœurs, qui avait déjà six mois de retard.
En fait, quelques semaines plus tard, Balzac parvint à faire racheter les Études de mœurspar Werdet, éditeur des Études philosophiques, dont il voulait faire son unique éditeur.Et, chargé de représenter le comte Guidoboni-Visconti dans une affaire de succession, il partit en Italie - accompagné d’une aspirante femme de lettres, Caroline Marbouty, habillée en homme.
Au retour, il apprenait la mort de Mme de Berny, qu’il n’avait pas revue depuis qu’elle avait perdu son fils Armand, en novembre de l’année précédente, et fermé sa porte à toute visite.
Très affecté, blessé de surcroît par l’incompréhension méchante des critiques enversLe Lys, Balzac prit le seul parti qui lui restait, comme toujours: il s’immergea dans le travail.
Début octobre, il donnait à Émile de Girardin le premier jet de La Vieille Fille, pour paraître par tranches journalières dans La Presse, mode de publication alors inédit, et fournit un travail considérable pour tenir ce nouveau défi. L’œuvre, hélas, fut jugée trop «libre», et fut victime d’une campagne de presse dirigée en grande partie contre Girardin.
Mais Balzac se vit récompensé autrement de ses efforts. Le 15 novembre, il signa avecles éditeurs Delloye et Lecou un contrat ayant pour but de «réunir et concentrer sous une seule direction l’exploitation de ses œuvres», faites et à faire, pour une durée de quinze ans. Les bénéfices seraient partagés par moitié, et Balzac, qui s’engageait à fournir «au moins six volumes par an pendant six années consécutives», se voyait accorder une avance de cinquante mille francs (plus d’un million de nos francs). Voilà qui mettait fin à des angoisses qui auraient fini par l’emporter, selon la confidence de Balzac à un ami. Et de comparer ce contrat à celui que Chateaubriand avait signé six mois plus tôt avec le même éditeur pour la publication posthume des Mémoires d’outre-tombe (mais Chateaubriand avait reçu cent cinquante-six mille francs...). Il régla ses dettes les plus urgentes, et, le cœur beaucoup plus léger, il partit pour la Touraine.
Il eut là l’occasion de rencontrer Talleyrand, quatre-vingt-deux ans, qui l’impressionnapar «deux ou trois jets d’idées prodigieuses», et travailla aux Illusions perdues (c’est-à-dire à la première partie du roman tel que nous le lisons aujourd’hui), qui parut en février 1837 dans la dernière livraison des Études de mœurs. À l’origine, expliqua Balzac dans une préface, «il ne s’agissait d’abord que d’une comparaison entre les mœurs de la province et les mœurs de la vie parisienne», des «illusions que l’on se forme les uns sur les autres en province par le défaut de comparaison». Mais à l’exécution, cette histoire d’une imprimerie de province et d’«un jeune homme qui se croit un grand poëte» avait pris de l’envergure. La plus «grande plaie de ce siècle» étant, selon Balzac, le journalisme, «qui dévore tant d’existences, tant de belles pensées», il avait décidé de suivre son personnage à Paris, de dévoiler «les mœurs intimes du journalisme», au risque de faire «rougir plus d’un front». Il ignorait quand il pourrait achever son ouvrage, mais il annonçait deux autres volumes.
Les Études de mœurs étaient en effet loin d’être achevées: Balzac prévoyait qu’elles comporteraient pas moins de vingt-cinq volumes et de mille personnages. Il espérait venir à bout de son entreprise de «description complète de la société, vue sous toutes ses faces, saisie dans toutes ses phases» en 1840.