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Honoré de Balzac / 1825-1828 Balzac éditeur, imprimeur, fondeur de caractères
 

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Débarrassé de certaines illusions, Balzac ne renonçait pas pour autant à devenir le Walter Scott français. Mais il fallait payer loyer et dettes. Il s’employa donc d’abord à brosser l’un de ces «Codes» à la mode, petits ouvrages d’observation pleins de verve qui rencontraient alors, avec les «Arts», «Manuels» et autres «Physiologies», un vif succès. Ce fut le Code des gens honnêtes ou l’Art de ne pas être dupe des fripons, dont Horace Raisson s’attribua la paternité, mais dont l’avant-propos sur la place de l’argent dans la société préfigurait le discours que tiendrait, plus tard, un certain Vautrin à un certain Rastignac, dans un roman célèbre auquel le jeune Balzac était encore loin de songer.
Il entreprit aussi au début de l’année 1825, avec de l’argent prêté par un ami de la famille, dans une entreprise d’édition en un volume compact et illustré des œuvres complètes de Molière, qui devait être le premier d’une collection de classiques français. Il s’associait pour cela avec les petits éditeurs Canel et Delongchamps, qui avaient accepté de publier Wann-Chlore.
Mais tout tourna mal. Le Molière, puis un volume consacré à La Fontaine, furent annoncés trop tôt, et l’idée en était si excellente qu’elle fut promptement copiée et mise en œuvre à meilleur marché. L’affaire se solda l’année suivante par un total fiasco financier. Quant à la révision de Wann-Chlore, elle fut endeuillée par la mort de Laurence, qui ne se releva pas de ses couches après la naissance de son deuxième fils. Balzac en fut très affecté. Et, malgré le soutien de quelques plumes amies, le roman sombra comme les autres dans l’indifférence générale.
Mais une fois encore, le jeune homme se reprit. Au début de l’année 1826, stimulé par le succès du Code des gens honnêtes, et celui de la Physiologie du goût de Brillat-Savarin,il commença à écrire une Physiologie du mariage. Pour le plus grand chagrin de Mme de Berny,il entretenait alors une liaison avec la duchesse d’Abrantès, quarante ans, veuve bien en chair du général Junot et caractère impérieux, qui l’emmenait avec elle dans les salons de ses amies, et dont les récits des hauts faits et des fastes de l’Empire l’exaltaient au plus haut point.
Afin de tâcher de rembourser les emprunts contractés pour l’affaire malheureusedes classiques français, il se lança dans une nouvelle entreprise commerciale. Mal conseillé,il racheta, avec un jeune prote de ses amis, Barbier, une imprimerie peu rentable de la ruedes Marais-Saint-Germain, près de l’École des beaux-arts, et s’installa dans un petit appartement au-dessus de l’atelier. Au mois de juillet, la première feuille sortit des presses:un prospectus pour les Pilules anti-glaireuses de longue vie, ou grains de vie de Cure, pharmacien rue Saint-Antoine.
Le bilan de l’année 1826 ne fut pas florissant. Balzac avait contracté quatre-vingt-dix mille francs de dettes (près de deux millions de nos francs), et allait travailler d’arrache-pied au cours de l’année suivante pour tâcher de rentabiliser son affaire. À côté du tout-venant, des prospectus et des almanachs, il imprima tout de même quelques ouvrages littéraires importants pour Canel, comme la troisième édition de Cinq-Mars, de Vigny (qui, en 1850, se souviendra du Balzac d’alors comme d’«un jeune homme très sale, très maigre, très bavard, s’embrouillant dans tout ce qu’il disait, et écumant en parlant parce que toutes ses dents d’en haut manquaient à sa bouche trop humide»). Il fit la connaissance, à cette occasion, de plusieurs membres du Cénacle et du jeune Victor Hugo, qui n’avait alors publié que Han d’Islande, Bug-Jargal et Odes et ballades, et préparait son propre Cromwell, dont la préface deviendrait le manifeste du drame romantique.
Mi-juillet, sans doute dans l’idée d’alléger ses factures de caractères, il décida avec Barbier de s’associer avec son fournisseur et de racheter une fonderie, empruntant pour cela six mille francs supplémentaires à Mme de Berny, qui investit elle-même anonymement neuf mille autres francs dans l’affaire comme «associé commanditaire».
Or, la gestion désordonnée de Balzac menaçait déjà de couler l’imprimerie. Au début de février 1828, Barbier se retira, pressentant la catastrophe. Balzac resta seul propriétaire de l’imprimerie, et une nouvelle société fut fondée pour l’exploitation de la fabrique de caractères.
Dès le mois de mars, Balzac, qui avait signé des billets à ordre à tort et à travers, ne pouvait plus faire face aux créanciers, ni payer ses ouvriers. Craignant la contrainte par corps, il se cacha dans un quartier alors à l’écart et passablement sinistre, près de l’Observatoire, où il loua un appartement au 1, rue Cassini, sous le nom de son beau-frère Surville. Mi-avril, la société de fonderie était dissoute. L’un des fils de Mme de Berny, Alexandre, succéda à Balzac dans ses droits dans l’ancienne société (en une quinzaine d’années, il allait faire de la fonderie l’un des premiers établissements de la capitale). Et mi-août, Barbier racheta l’imprimerie pour soixante-sept mille francs - le montant de l’actif.
Balzac se retrouvait avec soixante mille francs de dettes, dont cinquante envers sa famille. Il n’avait plus d’autre solution que de reprendre la plume. Rêvant d’écrire une Histoire de France pittoresque, il n’avait cessé de se documenter pour ses projets de romans historiques. Mais ces visées demandaient encore de longues études... Il se décida donc pour une histoire située dans un passé plus récent, pendant la guerre des chouans, qui lui semblait plus facile et plus rapide à réaliser. Il demanda asile au général de Pommereul (le fils du protecteur de son père), qui habitait Fougères. Il allait commencer à écrire là le premier des romans qu’il jugerait plus tard digne d’entrer dans La Comédie humaine: Les Chouans.