
Balzac commençait alors à fréquenter un nouveau milieu. Il
sétait notamment lié damitié avec Horace Raisson, un jeune
journaliste de son âge, rédacteur au journal libéral Le
Pilote, qui fonda en décembre 1823 le Feuilleton littéraire
(Beaux-Arts - Spectacles - Murs - Librairie - Annonces). Et cest dans cette
feuille, farouchement opposée aux Bourbons, quil fit ses débuts
de journaliste, avec un compte rendu anonyme (comme tous les articles du journal)
des Eaux de Saint-Ronan de Walter Scott, dont il ne cessait de méditer
lexemple.
Le reclus de la rue Lesdiguières se trouvait désormais immergé dans lactualité littéraire, politique et scientifique (le Feuilleton rendit compte notamment en 1824 des théories de Geoffroy Saint-Hilaire et de Cuvier, qui deviendra bientôt pour Balzac un modèle intellectuel). Dailleurs, on lui commanda presque aussitôt deux brochures dactualité, lune sur le droit daînesse (provocation destinée à fournir aux libéraux loccasion de rallier leurs maigres troupes pour les élections législatives de février-mars 1824), lautre sur les Jésuites, à lheure où la droite toute-puissante de Villèle réclamait des lois protectrices pour la religion et lenseignement. Et surtout, il allait pouvoir maintenant croquer sans vergogne les murs contemporaines. Annette et le Criminel parut en avril. Quelques petits journaux amis vantèrent «la rapidité de lintrigue, la vivacité des images», lattention «exacte et soutenue» dont témoignaitle caractère du personnage féminin. Mais le Feuilleton littéraire procéda à une démolitionen règle du roman, pour négligence de style, manque de naturel, situations forcées, faussetédu dialogue et des caractères, invraisemblances choquantes, outrages au bon goût, cruautés inutiles. Cette fois, Balzac accusa gravement le coup. Fin juin, la famille Balzac, renXouée par un héritage, se réinstallait à Villeparisis. Mais Balzac ne supporta pas les récriminations de sa mère concernant ses relations avec Mme de Berny. Fin août, il partit sans laisser dadresse, et sinstalla au cinquième étage du 2, rue de Tournon, à Paris. Soutenu par Mme de Berny et pressé par le besoin dargent (car il cessa en août de collaborer au Feuilleton littéraire), il convainquit un éditeur de commercialiser lédition à compte dauteur de La Dernière Fée, et reprit Wann-Chlore. Le 1er novembre, il écrivait pour le roman une postface pleine de désespoir, accablé par linjuste sort de sa sur Laurence, atteinte maintenant de tuberculose. Il espérait que louvrage, à défaut dêtre brillant, émouvrait, mais il savouait indifférent au jugement quon lui porterait: Horace de Saint-Aubin tirait sa révérence. Et le peu décho que rencontra La Dernière Fée nétait pas pour le faire revenir sur sa décision. | ||||
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