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Honoré de Balzac / 1814-1819 Un adolescent à Paris
 

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À l’automne 1814, on s’installa dans le Marais. Le jeune Balzac, Restauration oblige, entra comme pensionnaire à l’institution Lepître, tenue par un royaliste bien en cour, mais pied-bot et poussif, qui avait bien du mal à se faire respecter de ses élèves. Il en fut renvoyé un an plus tard, peut-être pour avoir participé à l’agitation bonapartiste qui avait gagné la jeunesse des écoles à l’annonce du débarquement de Golfe-Juan et qui s’était donné libre cours pendant les Cent-Jours.
En octobre 1815, il réintégra donc la pension Ganser, et continua de suivre les cours au lycée Charlemagne, où enseignait notamment le jeune et brillant Abel François Villemain, futur ministre de l’Instruction publique. C’est «en faisant ses discours de rhétorique», écrira sa sœur, qu’il «commença à s’éprendre des beautés de la langue française». Mais il ne se distingua cette année-là en aucune matière - c’est un certain Jules Michelet qui remporta le premier prix de discours français. Et à l’heure où les lycéens rêvaient des plaisirs interdits du Palais-Royal, haut lieu du jeu et des amours vénales, le jeune homme ne sortait encore que sous bonne garde de sa pension.
À la fin de l’été 1816, Bernard-François décida que le temps était venu pour son fils de faire son droit - comme la plupart des fils de bourgeois de l’époque. Honoré fut donc placé sans tarder comme petit clerc chez l’avoué Guillonnet de Merville et s’inscrivit à la faculté, où il suivit pendant trois ans des cours de droit civil, de droit romain et de procédure civileet criminelle. Au printemps 1818, il compléta son apprentissage chez Maître Passez, notaire, qui habitait dans le même immeuble que ses parents.
Ces années de basoche, rapportera Théophile Gautier, lui firent découvrir «des poèmeset des drames dans le Code» et le mirent à même d’écrire, plus tard, «de façon à émerveillerles hommes de métier», ce qu’on pourrait appeler le contentieux de La Comédie humaine. Elles ébranlèrent sans doute aussi prématurément en lui quelques illusions sur la nature humaine. «Nous autres avoués, nous voyons se répéter les mêmes sentiments mauvais, rien ne les corrige, nos études sont des égouts qu’on ne peut pas curer», dira l’avoué Dervilleà la fin du Colonel Chabert. «Je ne puis vous dire tout ce que j’ai vu, car j’ai vu des crimes contre lesquels la justice est impuissante. Enfin toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la réalité.»
Durant ces années-là, Balzac alla aussi entendre les cours d’histoire et de littératuredes grands professeurs de la Sorbonne, Abel François Villemain, François Guizot, Victor Cousin, et fréquenta assidûment les bibliothèques. Fidèle à ses ambitions philosophiques vendômoises, il commença à écrire un Discours sur l’immortalité et un Essai sur le génie poétique.
Admirateur de Beaumarchais, il se passionnait de surcroît pour le théâtre. Et lorsque son père, mis à la retraite, l’informa des projets qu’il avait conçus pour son avenir avec maître Passez (qui se proposait de lui laisser son étude), Balzac n’eut qu’une réponse: il ne voulait pas être notaire, il voulait être homme de lettres.