Publications et écrit

 Retour à la liste
des thèmes

Art contemporain en France / Tous les pluriels du rien et du singulier
 

 précédent | suivant 

Figures de styles

Mais de peinture, il serait aussi toujours question au grand jour, surtout maintenant qu'elle s'était progressivement dégagée d'un illusionnisme de la représentation, pour s'épanouir dans la spécificité d'un espace propre qu'une institution comme l'ARC s'appliquera à définir avec une série d'expositions consacrées à la scène française, au moment où le musée national d'Art moderne, tout juste installé dans ses nouveaux espaces du Centre Georges-Pompidou, inaugurait, avec « Paris-New York », sa programmation de grandes manifestations panoramiques. En 1977, les « Mythologies quotidiennes 2 » 16 de Gérald Gassiot-Talabot et Jean-Louis Pradel rassemblent quatre-vingt-six artistes ou groupes montrant, à quelques exceptions près - par exemple les Poirier qui développent leur relation fictive à l'Antiquité classique - des peintures ou des dessins. En 1979, sous le titre « Tendances de l'art en France 1968-1978/79 » 17 le « parti pris 1 » de Marcelin Pleynet présentera trois générations d'artistes - entre autres, Jean Degottex, Simon Hantaï, Pierre Soulages, Pierre Buraglio, Christian Jaccard, Anne-Marie Pêcheur - traitant la peinture dans sa définition première d'espace de couleurs ; le « parti pris 2 » de Gérald Gassiot-Talabot mettra l'accent sur la peinture figurative avec, par exemple, des personnalités telles que Valerio Adami, Erro, Joël Kermarrec, Bernard Moninot, Jacques Monory.

Le « parti pris 3 », ultime volet de la manifestation, sous-titré « partis pris autres », rassemblera des artistes qui n'avaient pas souhaité participer aux deux expositions précédentes - Didier Bay, Christian Boltanski, Daniel Buren, André Cadere, Pierre Dunoyer, Bernard Frize, Paul-Armand Gette, Micha Laury, Bertrand Lavier, Jean Le Gac, Annette Messager, Anne et Patrick Poirier, Sarkis, Niele Toroni, Jean-Luc Vilmouth -, leurs points communs étant sans doute, au-delà d'une même conception de l'art fondée sur des critères non esthétiques, l'utilisation parodique de la photographie ou le recours à des matériaux insolites et pauvres, où modestie et dérision faisaient bon ménage. Suzanne Pagé dans sa préface aux catalogues définissait ainsi ce dernier parti pris : « Participant de l'art conceptuel sans doute, il s'inscrit plutôt dans l'esprit de Dada et de Fluxus. Il s'emploie à réduire l'écart entre l'art et la vie dont il saisit le flux dans ce qu'elle a de plus anodin, modeste, familier, précaire, insignifiant ou plus secret, irrationnel même : petits accidents du hasard et du quotidien, microphénomènes de l'environnement, sites négligés, souvenirs ténus, traces plus ou moins réelles d'un passé intimiste ou collectif dans ce qu'il a d'universel, tout un réseau occulte de stratégies fictives ou de faits souterrains, enfouis, oubliés, rejetés, clandestins même...(...) Avec une lucidité à la fois primitive et révolutionnaire, ces artistes redécouvrent l'étrange dans le familier, le mystère dans la proximité, une efficience quasi magique dans les moindres gestes et matériaux, tous les pluriels du rien et du singulier. » On est passé, en d'autres termes, de l'appropriation à la distanciation.

16 « Mythologies quotidiennes 2 », 28 avril-5 juin 1977, ARC 2, musée d'Art moderne de la Ville de Paris.
17 « Tendances de l'art en France 1968-1978/79 », I, 13 septembre-21 octobre 1979, II, 26 octobre-5 décembre 1979, « Partis pris autres », 14 décembre 1979-20 janvier 1980, ARC, musée d'Art moderne de la Ville de Paris.