Motivé
par la volonté d'être « moderne
», Louis Aragon a commencé son long
parcours littéraire par la «
révolte » et le « scandale
» avec les amis qui formeront le « groupe
surréaliste ». Les quittant avec
fracas à la charnière des
années vingt et trente, il plonge corps et
âme dans l'univers communiste qu'il ne
quittera plus.
On n'a
pas fini de s'interroger pour savoir ce qui, dans
ce passage du surréalisme au communisme,
l'emporte de la rupture ou de la continuité,
du point de vue de cette
« modernité » ou de
cette « révolte »
là.
Plutôt
que de reprendre une nouvelle fois cette
inépuisable question, cette exposition
s'efforce de lire la trajectoire d'Aragon comme
un jeu avec les contraintes, dès lors
que ce qui frappe avec cet écrivain, c'est
aussi bien l'abondance et la
fécondité de l'uvre que les
contraintes avec lesquelles il a joué toute
sa vie pour l'écrire. L'exposition est
articulée autour de trois moments,
séparant deux grandes périodes.
De la
Première à la Seconde Guerre
mondiale, c'est la recherche des contraintes qui
l'emporte, aussi bien dans le groupe
surréaliste qu'au sein du parti
communiste : l'enfant illégitime qu'il
était semble à la recherche d'une
règle du jeu. Par la suite, et jusqu'en
1968, l'écrivain désormais
consacré comme « poète national
» au sortir de l'Occupation, joue avec les
contraintes avec plus ou moins de bonheur selon les
périodes : confronté aux
règles souvent contradictoires du jeu
littéraire et du jeu politique, Aragon donne
la mesure de la virtuosité d'un «
équilibriste ».
Philippe Olivera
